Session parlementaire explosive en septembre: Le mandat d’arrêt contre le chef de BDK relancé
Le Phare vient d’apprendre des sources se réclamant de la « ville haute » que l’affaire Bundu dia Kongo est en instance de rebondir… sur deux terrains. Le premier, le plus tortueux, serait l’Assemblée Nationale, où devrait être discutée la demande d’invalidation du mandat du député Ne Muanda Nsemi, chef spirituel de la secte précitée, que le Procureur général de la République aurait déposée en bonne et due forme, sur le bureau du président de cette institution.Le second terrain pourrait être celui de la justice, où devrait être déféré le gourou de BDK, dès lors qu’il aura perdu le statut spécial qui est encore le sien de part sa qualité de député national. Vous avez compris : le Procureur Général de la République n’attend que le visa de la majorité parlementaire pour exhumer le mandat d’arrêt ficelé depuis février 2008 contre Ne Muanda Nsemi.
Il pourrait être poursuivi de plusieurs infractions à la fois : atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat, assassinat, mutilation de cadavre, association des malfaiteurs, viols et vols, incitation à la haine tribale et religieuse, incitation à la désobéissance civile, destructions méchantes, etc. Le chef spirituel de Bundu dia Kongo devrait en fait répondre de sa responsabilité dans les événements de février 2008 à Luozi, Seke-Mbanza et Matadi, notamment des violences commises par ses adeptes sur des prêtres catholiques et des pasteurs protestants et kimbanguistes ainsi que leurs fidèles, la « rébellion » de ses miliciens (« makesa ») contre les forces de l’ordre, de la chasse à l’homme contre les non originaires, de la profanation du drapeau national et de l’hymne national, de la méconnaissance de l’autorité de l’Etat, etc.
Invalidation : vers une « bagarre » politico-juridique Si le bureau de l’Assemblée Nationale venait à saisir la plénière de la requête du Procureur Général de la République au sujet de l’invalidation de Ne Muanda Nsemi, l’on devrait s’attendre à une violente « bagarre » politico- juridique entre députés nationaux, toutes tendances confondues. Même si, politiquement, ceux proches de l’Alliance de la Majorité Présidentielle devraient en principe soutenir la démarche de la justice, l’affaire parait assez compliquée au regard des recommandations formulées par la « Chambre basse » elle-même en avril 2008 et qui allaient plutôt dans le sens de l’apaisement entre le pouvoir tant central que provincial et Ne Muanda Nsemi.
En revisitant les conclusions de l’Assemblée Nationale sur l’affaire BDK, on ne voit nulle part une exigence en rapport avec l’invalidation du mandat de son chef spirituel ou des poursuites judiciaires contre sa personne. Il lui avait été demandé, noir sur blanc, d’apprêter un dossier à introduire auprès de l’autorité compétente pour solliciter l’agrément de Bundu dia Kongo, soit comme « église » soit comme « ONG », soit comme « Association sans but lucratif ». Une autre recommandation préconisait la tenue d’une « table ronde » au Bas-Congo, laquelle devait consacrer la réconciliation entre fils et filles Ne Kongo, après qu’ils aient discuté des problèmes qui les divisent et déblayé la voie de la paix et du développement.
On se souvient même d’une initiative du ministre de l’Intérieur, qui se proposait de lancer une « caravane de la paix » à travers les villes et villages du Bas-Congo, en prélude à la table ronde provinciale. Juridiquement, le Procureur Général de la République devrait présenter suffisamment d’indices attestant de la responsabilité de Ne Muanda Nsemi dans les dérapages enregistrés chez certains de ses adeptes en février 2008 au Bas-Congo. La plénière de l’Assemblée Nationale serait fort embarrassée si elle devait se prononcer, pour une si grave décision, à partir des accusations formulées contre l’intéressé par le ministre de l’Intérieur, Denis Kalume, et qu’il avait rejetées en bloc lors d’une séance houleuse de confrontation entre les deux personnages à la tribune de l’hémicycle du Palais du Peuple.
Point n’est besoin de relever qu’au regard des moyens de défense présentés par Ne Muanda Nsemi, la plénière était fortement divisée quant à sa co-responsabilité dans les événements de février au Bas-Congo. Le Chef spirituel de BDK avait laissé de nombreux députés sans voix en cherchant à savoir si tous les méfaits (crimes, détournements des deniers public, vols, viols) que commettent des fidèles catholiques, protestants, kimbanguistes, musulmans et ceux des églises de réveil devaient être mis sur le compte des responsables de ces confessions religieuses. Par ailleurs, l’invalidation de Ne Muanda Nsemi parait, aux yeux de certains, comme inopportune, dès lors que les auteurs des crimes et autres actes inciviques perpétrés en février au Bas-Congo, ont formellement été condamnés par les instances judiciaires, certains même à la peine capitale.
Le pavé de la Monuc … La Monuc, structure onusienne réputée neutre, s’est invitée dans le dossier de Bundu dia Kongo. Elle est y allée avec ses observations fort gênantes pour le pouvoir central, crédité dans un rapport préliminaire et ensuite final d’un massacre tournant autour de la centaine de victimes. Ses auteurs, entendez les forces d’ordre et de sécurité, sont accusées d’un usage disproportionné de la force face à des civils non armés ou, au plus, armés de bâtons. La Monuc toujours reproche aux éléments de la police nationale un manque de professionnalisme. D’où le voeu de voir le gouvernement congolais accélérer le processus de réforme de l’armée, de la police nationale et des forces de sécurité. Un tel « verdict » conforte naturellement Ne Muanda Nsemi et ses adeptes dans leur position de victimes de l’intolérance politique et des violations des droits de la personne humaine par le pouvoir central. Même si le gouvernement a démenti le bilan des morts livré par la Monuc, de nombreux compatriotes y croient.
D’où, des poursuites judiciaires éventuelles contre lui, en sus des procès pas toujours équitables faits à ses adeptes, donneraient l’air d’un acharnement sur sa personne de la part des autorités de Kinshasa, par le Procureur général de la République interposé. Voilà autant de pesanteurs qui pourraient vicier l’atmosphère non seulement au Palais du Peuple mais aussi dans plusieurs localités et villes du Bas-Congo.